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Bio

JMA Portrait

Né en en 1976, Jean-Michel André, diplômé en photographie de l'école des Gobelins, vit entre la France et la Tunisie et fait partie des artistes de la galerie Les Bains Révélateurs. 

Depuis une dizaine d’années, il poursuit un travail de création photographique au croisement des lectures plastique et documentaire. 

Ses séries s’élaborent au gré des rencontres qu’il provoque et des paysages qu’il arpente. Il ne s’agit jamais pour lui de prétendre dire un territoire ou ses habitants. Il préfère emprunter les chemins de traverse : révéler l’ombre, inviter à l’exploration d’une géographie intime, d’une géographie du manque.

Jean-Michel André s’interroge notamment sur la notion de territoire en questionnant le rapport à l'espace et à la mémoire, les possibles métissages des lieux comme des êtres. Il investit des espaces incertains qui entretiennent un lien avec un passé révolu pour les interroger au présent : de quels mythes ces paysages sont-ils porteurs ? Quelle société produisent-ils ? Quels désirs accueillent-ils ? Quelles circulations y sont possibles ?

Dépouillement, discrétion, pudeur, là sont les chemins par lesquels il passe et ne s'en vante pas. Ses photographies s'entrechoquent et finissent par composer une phrase longue et inexplicable, entre réel et imaginaire, souvenir et présent.

Jean-Michel André donne à voir son travail dans le cadre d'expositions individuelles et collectives en France et à l'étranger : Fotofever Paris, What's Up Photo Doc, Rencontres de la Photographie d'Arles, Bibliothèque nationale de France, Paradise Row Gallery (Londres), Scène nationale de Martinique, Instituts français du Maroc et de Tunisie... Ses photographies font partie des collections de la Fondation Clément et le de la Bibliothèque nationale de France.

Lauréat de la Bourse du Talent 2017 - catégorie paysage, sa série Borders a été exposée à la BnF - Bibliothèque nationale de France - de décembre 2017 à mars 2018. Cette exposition a donné lieu à un ouvrage collectif intitulé "Fragilités" (Delpire Éditeur). Borders a ensuite été présenté en avril à Bordeaux dans le cadre du Festival Itinéraire des Photographes Voyageurs puis en mai à la Maison de la photographie de Lille (Festival Transphotographiques) ainsi qu'à la galerie de l'Institut français de Tunis.  

Jean-Michel André fait partie des lauréats de la Bourse de Soutien à la photographie documentaire 2018 du CNAP afin de poursuivre son projet Borders avec la collaboration de l'écrivain Wilfried N'Sondé.

EXPOSITIONS /// Individuelles

  • 2018 Borders, Institut français de Tunisie, Tunis, Tunisie
  • 2017 What's Up Photo Doc, Halle des Blancs Manteaux, Paris, France
  • 2015 L'autre Pays, Fotofever 2015, Carrousel du Louvre, Paris, France
  • 2015 L'autre pays, Galerie Les Bains Révélateurs, Roubaix, France
  • 2012 Exilés, Fondation Clément, Le François, Martinique
  • 2011 Dos à la mer, Galerie André Arsenec, CMAC, Fort-de-France, Martinique
  • 2011 Regard sur le monde, Atrium de BNP Paribas, Paris, France
  • 2010 Maroc Epuré, Little Big Galerie, Paris, France
  • 2009 Maroc épuré, Galerie Delacroix, Tanger, Maroc
  • 2007 Traces d'Histoire, Espace Expressions CDG, Rabat, Maroc

EXPOSITIONS /// Collectives

  • 2018 Maison de la Photographie, Série Borders, Lille, France
  • 2018 Festival itinéraire des photographes voyageurs, série Borders, Bordeaux, France
  • 2017 Bourse du Talent, Bibliothèque nationale de France, Paris, France
  • 2017 Exposition Supernatural , parcours d'expositions du Festival Voies Off, Arles, France
  • 2017 Paysage. Fiction de la matière, matière à fiction, Galerie Plateforme, Paris, France
  • 2016 Visions Archipéliques, à la Fondation Clément, Le François, Martinique
  • 2015 Rencontres 9PH, Le Bleu du Ciel, Centre de photographie contemporaine, Lyon, France
  • 2015 Out Of The Phone, Little Big Galerie, Paris, France
  • 2014 Families, La Chambre Claire, Paris, France
  • 2013 Gens d'ailleurs, Hôtel de Région, Martinique
  • 2012 Apparitions, Centre Culturel de Rencontre Fonds Saint-Jacques, Sainte-Marie, Martinique
  • 2010 Fenêtre sur, Galerie Art Présent, Paris, France
  • 2010 Rencontres, 6B, Saint-Denis, France
  • 2011 The pavement and the beach, Paradise Row Gallery, London, Royaume-Uni
  • 2010 Maroc Epuré, Voix Off des Rencontres photographiques d'Arles (Nuit de la Roquette), Arles, France

Édition

Prix /// Résidences

  • 2018

    Bourse de Soutien à la photographie documentaire contemporaine du CNAP 

  • 2017

    Prix de la Bourse du Talent - catégorie paysage - série Borders.

  • 2015

    Résidence-mission d’artiste sur la Valeur Universelle et Exceptionnelle du Bassin minier Patrimoine mondial. DRAC Nord-Pas-de-Calais, Mission Bassin Minier.

  • 2011

    Résidence d’artiste, «Ecritures de lumière». Bourse de création attribuée par le Ministère de la Culture.

  • 2010

    Bourse d’aide à la création de la DRAC Martinique. Série intitulée « Dos à la mer ».

  • 2009

    Résidence à l’Institut Français de Port-au-Prince, Haïti.

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Note

Borders #1

Le point de départ de ce travail se situe dans la jungle de Calais, à la veille de l’évacuation du bidonville en 2016. Sur ces quelques kilomètres carrés de sable et de broussailles, j’ai rencontré des réfugiés qui cherchaient abri. Des femmes, des enfants et des hommes réunis dans l’espoir d’une dernière traversée. 
Parmi les nombreuses photographies que j’ai réalisées, j’en ai retenu une, celle du jeune homme accroupi face au mur de grillage qui bloque l’accès au port. 
J’ai composé Borders autour de cette photographie. Non pas comme une série, ni tout à fait comme un récit : plutôt comme un recueil photographique, avec pour motif la tension entre l’effacement et l’épaisseur des paysages.
Borders est un ensemble de photographies prises dans une temporalité flottante et des espaces incertains. En ne situant pas les prises de vue - à l’exception de la Jungle, ce non-lieu -, j’ai volontairement gommé la carte, pour soustraire mon travail à une lecture strictement documentaire. Car les paysages de souffle et de silence que je photographie sont d’abord les miroirs de récits intimes, faits de glissements. Ils tracent un fragile liseré entre le réel et l’imaginaire, le souvenir et le présent. Je suis cette ligne de crête, travaillant l’ombre plutôt que l’objet. 
Mais Borders serait un contresens si cet ensemble n’était que continuité. Les frontières divisent, tuent. En provoquant la mise en tension de fragments de paysage, j’ai installé une atmosphère de gravité et voulu sonder le vertige du vide. 
Car, de l’au-delà, que reste-t-il ? L’épaisseur d’un voile, le relief de mots, l’impression de la photographie, pour sceller la possibilité d’une rencontre et d’un dialogue.

 

Note

En 2010, je commence à photographier l’intérieur des terres de la province d’Alicante en Espagne. Je parcours une carte étrange, dessinée par des rangées d’appartements vides, de rues sans nom, d’urbanizaciónes qui se dressent seules, dans un désert. Au milieu de squelettes de béton et de rouille, je fais comme l’archéologie à ciel ouvert d’un champ de bataille : celui de la spéculation immobilière.

Cinq ans plus tard, le décor est le même mais je déplace le regard sur ces espaces pour les interroger sous l’angle du « territoire vécu ». Invivables, ils ne sont pourtant pas totalement inhabités. Je photographie les traces de ce « territoire vécu » et je fais entrer dans le cadre les résidents, permanents ou saisonniers, et ceux qui traversent les urbanizaciónes : les employés municipaux, les habitants des communes voisines, les prostituées...

Qui sont les occupants, même éphémères, de ces « non-lieux » hors du temps ? Ma série questionne ces espaces fantomatiques. Quelle société produisent les urbanizaciónes ? De quels mythes ces paysages urbains sont-ils porteurs ? Quels désirs accueillent-ils ? Quelles circulations y sont possibles ? Quel est cet « autre pays » qui est aussi le mien ?

 

Note

Jean

Les yeux plissés ou le regard fixe ; peaux ridées ou toute de fraîcheur ; lèvres serrées ou fendues d’un large sourire… Jean-Michel André affiche une galerie de visages, beaux de leurs différences et de leurs secrets. Qui sont-ils, ces anonymes ? Que nous disent-ils d’eux-mêmes, et que disent-ils de nous qui les regardons ? C’est toute l’énigme du portrait que le photographe nous invite à résoudre. 

Car il y a bien quelque chose de l’ordre du jeu dans cette série que Jean-Michel André a commencée dans la Caraïbe. Elle a la légèreté des rencontres imprévues. Au gré de ses voyages, le photographe pose son regard sur des passants et les invite à un face à face avec l’objectif d’un téléphone… Pas d’indication, ni de consigne de pose, juste une invitation… Et l’on est ébloui par la générosité de ces anonymes qui livrent un bout de leur âme. 

Comme par magie. Le flou envahit presque toute l’image. Seul le regard éclate de netteté, et se détache avec profondeur d’un fond le plus souvent coloré. On se laisse prendre à l’illusion d’une photographie prise à la chambre… Le « truc » de Jean-Michel André est  pourtant tout simple : cadrage frontal, lumière naturelle, hipstamatic. Pas de retouche, pas d’artifice. Juste l’espièglerie du photographe-illusionniste qui s’amuse à faire apparaître  des secrets moins lourds que ceux que trahissent ses précédentes séries.

Il n’y a pas de personnages dans les rues désertes de Maroc épuré (2009). Dans Exilés (2011), les passants sont des fantômes. Dos à la mer (2012) est un champ de ruines. Dans Families (2013), Jean-Michel André trouve refuge et nous livre l’essence de la lutte de l’homme et de ses joies.

Note

Dos à la mer #1

Les hommes sont invisibles mais ils sont au coeur de cette série, qui, dans le théâtre d’un hôtel abandonné, joue le drame d’un modèle économique épuisé et d’une nature instrumentalisée. 
Cinq étages, des centaines de chambres, plus de portes, ni de fenêtres, des montagnes de gravats au sol…. Le Kalenda est laissé à l’abandon. Comme une épave échouée sur la plage. Marcher au milieu de cette ruine procure de très impressionnantes sensations, le sentiment étrange de profaner un lieu. Car même éventré, l’hôtel conserve les traces de son lustre passé et les murs semblent ne pas se résoudre à l’absence et au vide qui se dégagent aujourd’hui des lieux. La nature, elle, ressurgie de l’oubli, reprend sa place, sauvage. 

Cette série, très littéraire, joue un drame en trois actes : le naufrage et l’usure du temps ; l’absence et le vide ; la nature qui déborde les cadres auparavant imposés. 

Mon travail sur le Kalenda a pour but de questionner le modèle de développement de nos sociétés en montrant la faillite d’un de ses fleurons. Elle invite à la réflexion sur les questions de protection de l’environnement et de développement durable.

Les photographies, réalisées en argentique et au moyen format, entrent en résonance avec les écrits d’Alfred Alexandre, auteur de Bord de canal (Prix des Amériques insulaires et de la Guyane) et des Villes assassines. 

Note

Maroc épuré #1

Apparitions magiques et bienveillantes, les silhouettes de deux femmes et de deux hommes ouvrent ma série : elles s’effacent, pour nous inviter à découvrir leur vie quotidienne. Celle d’un pays qui résonne en moi depuis l’enfance, le pays de ma mère et de ma grand-mère : le Maroc, Al-Maghrib.

Au cours de ces quatre dernières années, je n’ai eu de cesse de parcourir ce territoire pour proposer une vision contemporaine d’une des réalités profondes du pays, celle de son peuple le plus modeste. Respectueux de leur pudeur, délaissant le reportage, j’ai éloigné mon objectif des habitants qui m’ont ouvert leur porte et celle de ce Royaume. Au-delà des clichés mille fois imprimés, j’aiphotographié un Maroc où le blanc déchire les couleurs, éblouissant l’esprit.

Chaque prise de vue de ma série évoque un symbole significatif de la société marocaine actuelle. J’évoque la débrouille et la pudeur de ses habitants les plus humbles. J’aborde la religion et la patrie, devise de ce pays. J’éveille l’attention sur l’outrageante spéculation immobilière qui y sévit. Je témoigne également de l’emprisonnement dont souffrent les populations tentées par l’exil ou vivant par procuration, sous les paraboles. Je mets l’accent enfin sur la beauté lumineuse et ensorcelante de ce Royaume.

Mon travail d’artiste photographe repose sur l’évocation, la poésie des mots imaginaires. Ma série se situe dans une recherche plastique épurée, invitant au questionnement et à la rêverie. Je m’appuie sur la simplicité des lignes pour donner force aux images en révélant la complexité et les difficultés du quotidien. A chacun d’y lire une histoire...

Note

Exilés #1

EXILÉS /// Jean-Michel André

J’ai posé pour la première fois pied à La Havane en décembre 2008, avec en tête les histoires de mes amis cubains vivant en Espagne. Ils avaient réussi à échapper à la pauvreté et à l’arbitraire qui régnaient sur l’île, et ils savaient leur chance. Aucun d’entre eux n’avouaient de regrets. Mais la nostalgie les gagnait parfois. Ils me parlaient alors de leur famille et de leurs amis qu’ils ne reverraient plus. Avec la précaution de ceux qui ne veulent pas réveiller les douleurs enfouies. Ils me racontaient aussi la rue cubaine :  son impudeur, ses rires et ses jeux...

Une fois sur place, ces scènes que l’on m’avaient racontées, je les ai vues se jouer. Mais plus que l’atmosphère bruyante et colorée, c’est l’aspect fantomatique des villes qui m’a impressionné. Peuplées de Cubains rêvant d'un ailleurs hypothétique, La Havane et Santiago sont aussi habitées par les présences de ceux qui les ont un jour quittées et qui ne peuvent y revenir.

C'est donc un travail sur l’exil, tentation et douleur qui traversent tous les peuples, que je propose ici. Je crée des "surimpressions urbaines", utilisant le décor des rues de La Havane et  de Santiago pour y placer des personnages-passants, qui traversent les murs et deviennent à leur tour matière de ce paysage urbain d'une infinie richesse.