Exilés

EXILÉS /// Jean-Michel André

J’ai posé pour la première fois pied à La Havane en décembre 2008, avec en tête les histoires de mes amis cubains vivant en Espagne. Ils avaient réussi à échapper à la pauvreté et à l’arbitraire qui régnaient sur l’île, et ils savaient leur chance. Aucun d’entre eux n’avouaient de regrets. Mais la nostalgie les gagnait parfois. Ils me parlaient alors de leur famille et de leurs amis qu’ils ne reverraient plus. Avec la précaution de ceux qui ne veulent pas réveiller les douleurs enfouies. Ils me racontaient aussi la rue cubaine :  son impudeur, ses rires et ses jeux...

Une fois sur place, ces scènes que l’on m’avaient racontées, je les ai vues se jouer. Mais plus que l’atmosphère bruyante et colorée, c’est l’aspect fantomatique des villes qui m’a impressionné. Peuplées de Cubains rêvant d'un ailleurs hypothétique, La Havane et Santiago sont aussi habitées par les présences de ceux qui les ont un jour quittées et qui ne peuvent y revenir.

C'est donc un travail sur l’exil, tentation et douleur qui traversent tous les peuples, que je propose ici. Je crée des "surimpressions urbaines", utilisant le décor des rues de La Havane et  de Santiago pour y placer des personnages-passants, qui traversent les murs et deviennent à leur tour matière de ce paysage urbain d'une infinie richesse.

Exilés

Alice Gradel

C’est à un voyage paupières closes qu’invitent les photographies de Jean-Michel André.
Comme égaré, l’on déambule dans un décor urbain empreint de nostalgie. Et l’on bute. Hypnotique relief de tôles. Grinçante poésie de la rouille. Soupir délavé de couleurs fluorescentes.
Jean-Michel André installe sur le paysage craquelé de la ville une inquiétante étrangeté. Les silhouettes à demi effacées des Exilés défilent. Ronde hallucinée de spectres. Corps en absence. Les regards fuient, en quête d’un ailleurs aux contours imprécis. Rêve sans horizon.

Avec cette série réalisée à Cuba, Jean-Michel André poursuit son travail sur les traces d’histoires composant en silence le puzzle d’une géographie du manque.

Exilés - Fondation Clément 01Exilés /// l'expo